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Trois voix pour Les Sirènes de Bagdad
de Yasmina Khadra
Les 6 et 7 novembre à 20h30
Prix des places: 15 €, tarif réduit 10 €
Adaptation et mise en scène: René Chéneaux
Scénographie: Chantal Hocdé
Lumières: Charly Thicot
Interprètes: Rachid Benbouchta, Farid Bentoumi, Catherine Le Hénan
La Pièce:
Décryptage de l'itinéraire qui conduit un jeune Bédouin sans histoires, désireux de s'intégrer à la société nouvelle que promet la chute du régime de Saddam Hussein en Irak, vers le terrorisme le plus dur.
Note de mise scène
Je veux parler de Yasmina Khadra, son amitié pour l’oeuvre de Camus, l’Etranger en particulier. C’est un auteur qui cherche dans la solitude de ses personnages la matière de leur sensibilité et de leur engagement. Ces personnages ne sont pas nécessairement forts, ils ont simplement la force de chercher à comprendre ce qui conduit leurs actes, même s’ils ne résolvent pas tout. Ce qui fait que Khadra rencontre beaucoup de lecteurs, c’est que ses personnages sont en quête, ils doutent, identiques à nous-mêmes. Khadra parle de la fragilité humaine.
Ce qui touche dans les Sirènes…, c’est l’exposé du chemin par lequel passe un kamikaze avant le passage à l’acte. Ce qui touche, c’est la faculté qu’a l’auteur de se mettre dans la peau de son personnage, de suivre son parcours, depuis l’humiliation par l’armée d’occupation, jusqu’à son errance dans la grande ville, et à son passage à l’acte qu’il transformera en un retour sur lui et un abandon de la violence…
La grande force de l’écriture –outre sa musicalité rythmée, scandée, psalmodiée selon les différents moments de la narration (Yasmina Khadra est un écrivain algérien de langue française, dans la lignée de Kateb Yacine), c’est d’être factuelle : à la manière d’un roman d’initiation, le personnage central rencontre des obstacles et avance vers un destin.
Nul discours, nul point de vue sur la culpabilité supposée des uns ou des autres ; il avance vers son destin comme une figure de la tragédie grecque, comme Oreste à la recherche d’une arme pour venger la nudité de son père…Mais si Oreste accomplit son destin, ce personnage moderne ne trouvera pas, lui, l’instrument de sa vengeance, il n’en trouvera même pas le motif, et tout simplement, il choisira de ne pas se venger. En cela, il inverse la représentation de la violence, la laissant tout entière à celui qui l’a engendrée.
Ce qui est parlant, c’est la grande nudité du récit qui laisse le spectateur lucide, à même de comprendre.
Le récit théâtral tendra à matérialiser ces différents aspects : une simplicité dans son énoncé ; une mise en voix chorale, permettant une mise à distance de cette réalité très- trop actuelle ; une mise en action de certains moments comme les rencontres humaines…Ce qui importe le plus, c’est d’objectiver ce récit : ne faire du personnage central ni un héros, ni une victime, de la même façon qu’Oreste lors de son procès : il a tué sa mère, mais cet acte est tenu à distance, il s’agit de démêler le juste de l’injuste, plus que de reconstituer une scène de crime. C’est la force de ce texte, qui le hisse à grande hauteur : il expose un théâtre d’idées plus qu’une matière offerte au voyeurisme. Il cherche la ligne de crête, à la manière d’Eschyle ou Camus, entre l’acte dément et l’acte juste, entre le terrorisme et la révolte.
René Chéneaux
Note de l’auteur
« Je suis Yasmina Khadra, écrivain algérien, que le public italien connaît à travers quelques livres traduits. Je vais vous parler de mon prochain livre Les sirènes de Bagdad. C’est un livre sur la guerre en Irak, une guerre vue par un irakien et racontée à travers la mentalité d’un bédouin, d’un arabe, c’est une manière de ne pas cautionner la désinformation, qui régit le monde aujourd’hui, le monde au sens politique, qui fait des peuple des masses subtilisées, des masses absolument assujetties. Donc, je trouve que le silence des intellectuels contribue largement à cette mise en scène atroce, abominable, et en tant qu’écrivain, je réagis pour avoir le courage de le faire et je crois que je n’ai rien à faire de… je veux que le monde retrouve de sa lucidité, et donc j’ai écris ce livre pour dire aux gens combien cette guerre préventive est une guerre abominable, une guerre dévastatrice et combien à cause du silence de l’Occident et de la faiblesse de l’Orient, le malentendu entre ces deux extrêmes sera encore aggravé. J’espère à travers ce livre permettre à des gens, surtout à des occidentaux, d’accéder à une horreur qu’il faut absolument condamner, qu’il faut absolument interdire, et remettre les politiques à leurs places. Aujourd’hui parce que les gens justement ne bougent pas, ne réagissent pas, je ne trouve pas qu’ils ne sont pas capables d’intelligence, ils sont complètement dépassés par les évènements et, mon rôle à moi, c’est d’essayer de remettre de l’ordre dans les idées et d’aider les gens à retrouver leur lucidité. C’est l’histoire d’un bédouin irakien, qui rêvait d’être professeur de lettres à l’université de Bagdad sauf que ses rêves vont partir en fumée en même temps que l’université de Bagdad et sera balayée par la guerre. Il retournera dans son village, un village perdu au large du désert, où les gens vivent chichement, petitement et le malheur ne va pas rester uniquement dans les grandes villes il va se diriger sur ce village, il va perturber le bonheur autiste de son petit peuple et mettre les gens devant le fait accompli. De cette façon, bien sûr, ce jeune homme sera confronté à la méchanceté, à la cruauté de cette guerre et en particulier de l’armée américaine et sera obligé d’assister à deux monstruosités, puis à une troisième, qui viendra frapper à sa porte et à travers laquelle il verra son père humilié ; et pour le bédouin il n’y a pas pire châtiment sur terre que l’humiliation. Pour venger cette offense il sera obligé d’aller à Bagdad et d’essayer de trouver les moyens ou les instruments les plus à même de l’aider à laver l’offense et c’est comme ça qu’il sera récupéré par la violence. A travers son voyage initiatique dans cette dérive humaine, nous, nous allons tous les deux, vous et moi, comprendre comment des jeunes gens absolument pacifiques sont capables de basculer et de choisir la violence comme unique mode d’expression, puisque sur cette terre aujourd’hui il n’y a même pas de liberté d’expression. »
Yasmina Khadra (extrait d’une interview)

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